Sous-titre
En 2025, l’Algérie engage un virage financier décisif : financer sa croissance par des instruments domestiques plutôt que par la dette extérieure. Derrière ce choix, une doctrine de souveraineté économique mûrie face aux institutions de Bretton Woods.
Sommaire exécutif
L’Algérie privilégie le financement interne et la stabilité monétaire pour préserver son autonomie face aux pressions extérieures. Une stratégie prudente et cohérente, fondée sur la maîtrise budgétaire et la mobilisation des ressources nationales.
Celui qui contrôle votre dette contrôle votre avenir.
— Banque des règlements internationaux, 1931
1 | Contexte mondial
Depuis Bretton Woods en 1944, le système monétaire international s’articule autour du dollar et des institutions créées pour en garantir la stabilité : le FMI et la Banque mondiale.
En 2025, plusieurs pays du Sud global cherchent à redéfinir leurs rapports à cet ordre. L’Algérie, elle, affirme une orientation singulière : consolider sa souveraineté financière par une discipline interne et une gestion sélective des dépendances externes.
2 | Une discipline budgétaire assumée
La Loi de finances 2025 fixe les dépenses publiques à environ 124 milliards USD pour 63 milliards USD de recettes, soit un besoin de financement de 61 milliards USD, sur un PIB nominal estimé à 310 milliards USD.
Plutôt que d’emprunter sur les marchés internationaux, Alger choisit de mobiliser des instruments domestiques : bons du Trésor, obligations et, désormais, sukuk souverains — des titres adossés à des actifs tangibles conformes à la finance islamique.
3 | La double équation budgétaire
- Déficit interne : exprimé en dinars, il se finance par l’épargne et les marchés domestiques.
- Déficit externe : exprimé en devises, il se régule par les exportations, les réserves de change et le contrôle des importations.
En distinguant ces deux niveaux, Alger préserve le taux de change et évite les conditionnalités extérieures.
Les idées des économistes et des penseurs politiques, qu’elles soient justes ou fausses, sont plus puissantes qu’on ne le croit. Le monde est gouverné par peu d’autre chose.
— John Maynard Keynes
4 | Mobiliser l’épargne nationale
L’introduction des sukuk souverains constitue un tournant. Ces instruments visent à capter une partie de l’épargne hors-banque — près d’un tiers de la masse monétaire nationale — et à la réorienter vers des investissements productifs.
En 2024, la dette publique représentait environ 48,5 % du PIB, mais elle restait presque entièrement domestique. L’inflation avait reculé vers 4 %, les taux directeurs se situaient à 2,75 %, et les réserves de change avoisinaient 63,6 milliards USD (environ 13 mois d’importations). Ces paramètres traduisent un cadre macroéconomique sous contrôle.
5 | La contrainte externe maîtrisée
Les exportations brutes atteignent environ 50 milliards USD, contre 65 à 70 milliards USD de besoins annuels en devises pour les importations et services.
La différence est compensée par les réserves et par une ouverture mesurée à des capitaux étrangers compatibles avec les intérêts nationaux. Cette approche prudente permet d’ajuster sans compromettre la souveraineté économique : financer les besoins sans hypothéquer l’avenir.
6 | Gouvernance et transparence
La publication des lois de finances et des agrégats budgétaires renforce la lisibilité du pilotage économique. Une communication plus détaillée — par portefeuilles ministériels et dépenses d’investissement — crédibiliserait davantage la trajectoire budgétaire.
La transparence n’est plus un simple impératif de bonne gouvernance : elle devient une condition de souveraineté.
Conclusion
La stratégie financière de l’Algérie repose sur une équation simple mais exigeante : financer la croissance par des instruments domestiques et stabiliser les équilibres externes par une gestion sélective des flux.
Cette politique n’exclut pas les contraintes — elle les organise. Elle prolonge une intuition de Boumediene : « L’indépendance n’est pas proclamée, elle s’organise. » En 2025, c’est précisément cette organisation — budgétaire, monétaire, institutionnelle — qui permet à l’Algérie de dialoguer d’égal à égal avec Bretton Woods.
Références
- Journal officiel de la République algérienne, Loi n° 24-08 portant Loi de finances pour 2025.
- Banque mondiale, Algeria Economic Update – Spring 2025.
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