L’intelligence artificielle (IA) n’est ni une apocalypse du travail ni une simple continuité de l’automatisation. Elle reconfigure en profondeur la nature des emplois, la qualité du travail et la distribution du pouvoir économique. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), environ 14 % des emplois dans les pays membres sont fortement automatisables, tandis que près d’un tiers (32 %) des emplois verront leur contenu profondément transformé par les technologies numériques et l’IA, d’après des estimations publiées en 2018 et largement reprises dans les travaux récents sur l’automatisation [1]. Le Forum économique mondial (FEM), dans son Future of Jobs Report 2023, fondé sur un panel de 803 entreprises couvrant 673 millions d’emplois, prévoit d’ici 2027 la disparition de 83 millions d’emplois et la création de 69 millions de nouveaux postes, soit une baisse nette de l’ordre de 2 % du volume d’emplois étudié [2]. Ces pertes se concentrent dans le secteur manufacturier, le commerce de détail et de gros, ainsi que dans les fonctions administratives de bureau, tandis que la croissance se situe dans les métiers liés aux données, à la transition verte, à la santé, à l’éducation et à certains services qualifiés [3].
« La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, et elle n’est pas neutre.» Melvin Kranzberg
Introduction : une rupture dans l’histoire des techniques
Depuis la première révolution industrielle, chaque mutation majeure de l’appareil productif a suscité des débats analogues : promesses d’efficacité, craintes de déclassement, interrogations sur la place de l’humain dans le système économique. L’intelligence artificielle s’inscrit dans cette continuité, mais en modifiant la nature même de ce qui est automatisé.